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French (1)


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2023 (1)

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Film
Jeanne du Barry
Authors: --- --- --- --- --- et al.
Year: 2023 Publisher: [France] : Le Pacte,

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Abstract

Jeanne Vaubernier, fille du peuple avide de s’élever socialement, met à profit ses charmes pour sortir de sa condition. Son amant, le comte du Barry, qui s’enrichit largement grâce aux galanteries lucratives de Jeanne, souhaite la présenter au roi. Il organise la rencontre via l’entremise de l’influent duc de Richelieu. Celle-ci dépasse ses attentes: entre Louis XV et Jeanne, c’est le coup de foudre… Avec la courtisane, le roi retrouve le goût de vivre – à tel point qu’il ne peut plus se passer d’elle et décide d’en faire sa favorite officielle. Scandale: personne ne veut d’une fille des rues à la Cour. Le cinéma de Maïwenn a toujours été pour son auteur un art réparateur et élévateur, que ce soit avec Pardonnez moi qui révélait la relation malsaine voire perverse que Maïwenn entretenait avec sa mère Catherine Belkhodja; Le Bal des actrices, un faux documentaire portant sur des actrices en mal d’amour, se réfugiant dans le jeu pour mieux se protéger du monde extérieur; ou encore Mon Roi, un drame psychologique sur une relation amoureuse toxique inspirée de sa propre vie. Maïwenn entreprend ici d’injecter au film en costumes, genre ultra codifié, un geste de cinéma qui lui ait intimement personnel. Elle a vu en Jeanne du Barry un personnage qui, de son propre aveu, faisait écho à une période de sa vie, quand elle avait quinze ans, au moment où elle épousa Luc Besson, un homme de pouvoir et grand nom du milieu du cinéma français à la fin des années 1990. Elle s’évertue alors à tenter d’aligner sa propre vie sur celle de la du Barry, au risque d’une réécriture historique parfois fallacieuse, pour raconter le destin d’une fille des rues amenée malgré elle comme un jouet consentant dans un monde de fastes et de bijoux ruisselants, régie par le regard des autres, mais aussi celui que l’on porte sur soi. Cependant, Maïwenn est incapable de transfigurer en image le calvaire corseté de cette intruse que tout le monde répudie; la photographie, certes remarquable, n’épouse jamais la perception qu’a du Barry sur son monde; les cadres sont le plus souvent fixes. Nulle folie dans la mise en scène, aucun moyen de ressentir autrement que par les mots les battements de cœur de la favorite. Le personnage lui-même semble ne pas penser ni se révolter des commérages que l’on porte sur elle, principalement de la part des sœurs du roi, les fameuses Mesdames, qui la surnomment la Créature, comme une bête de foire vouée à l’abattoir. Alors vient une des surprises incongrues du film: la présence de Johnny Depp dans le peau du roi Louis XV. On ne peut évidemment pas extraire de notre conscience critique les multiples procès et affaires judiciaires que traîne l’acteur depuis des années suite aux accusations de violences conjugales d’Amber Heard, et l’on s’étonne à voir l’acteur dans une prestation aussi désincarné, peu investi, comme absent, jouant sur une partition constamment opposée au reste du casting. Il se révèle à l’écran des soudaines coupures de montage, des séquences amorcées ou segmentées, qui perturbent la vision du film. Nous ne dirons pas que cela fait office de cache-misère mais il est très clair que la collaboration entre Johnny Depp et Maïwenn n’a pas été de tout repos et que leur conflit artistique a une incidence certaine sur le film. La mort du roi causée par la variole, vraisemblablement transmise par une courtisane de la petite noblesse, créé un malaise palpable auprès du spectateur, la scène d’agonie faisant étrangement écho au vécu de l’acteur, érigé en tant que victime par plusieurs médias internationaux durant l’affaire Depp-Heard. De même, ce paradoxe croissant entre ce que Jeanne du Barry devrait être, un personnage féministe, libertaire, à contre-courant, et comment elle est représentée dans le film, sous le joug du roi, livrée au diktat d’une voix off qui surexplicite ce qu’elle aurait dû accomplir et ce qu’on aurait du voir à l’écran, rend le long métrage assez problématique sur la condition de la Femme. Maïwenn ne peut envisager, penser son héroïne sans la considérer par le prisme de l’Homme, le roi Louis XV, le comte du Barry, LaBorde… En définitive, il en résulte un film emprunt de paradoxes qui voudrait saisir toute la violence et la passion d’un récit portant sur une figure féminine émancipatrice. Mais l’intention de la réalisatrice qui voudrait faire de la vie de Jeanne du Barry une métaphore de ses convictions quant au jugement, au mépris et la condescendance d’un milieu élitiste, se prend les pieds dans le tapis, handicapée par une mise en scène amorphe et désincarnée ainsi qu’un discours hasardeux. Déception.

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