TY - VIDEO ID - 134413063 TI - Claudio Pazienza : Fragments d’une œuvre PY - 2014 PB - France: Doc Net Films Editions, DB - UniCat UR - https://www.unicat.be/uniCat?func=search&query=sysid:134413063 AB - Claudio Pazienza aborde le monde à la manière d'un nouveau venu au sens que Macedonio Fernandez, l’écrivain argentin qui fut un modèle pour Borgès, a su donner à ce mot si bien fait pour qualifier ses films. Car c’est ainsi que s’inverse le regard ethnographique : la distance, qui chez lui permet l’interrogation, le raisonnement, l’enquête, n’est pas celle de l’ethnologue dont on dit qu’il s’efforce précisément de maintenir une distance entre lui et ceux qu’il rencontre pour éviter d’adopter leur point de vue ou qui s’efforce de s’éloigner de ce qui lui est familier. Sa distance à lui, tout au contraire, est celle de l’étranger qui cherche à se rapprocher, qui cherche à comprendre pour se rapprocher. Qui comprend en se rapprochant, précisément, pas en construisant ou maintenant un écart. À quoi il ajoute cette posture du nouveau venu chère à M. Fernandez : sorte d’incrédulité chronique, à la fois bienveillante et obstinée vis à vis tout ce qui, dans la vie ordinaire, semble si facilement aller de soi. Retour permanent du personnage vers une sorte d’ignorance idéale têtue qui serait comme un préalable à toute compréhension ; cela, aussi bien avec les explications qui lui sont données qu’avec le sens commun que l’on attribue aux choses, aux gestes et aux habitudes. Tableau avec chutes (1997): Tourné entre juin et octobre 1996, Tableau avec chutes est d’abord une enquête autour d’une image, d’un tableau : Paysage avec la chute d’Icare peint par Pieter Bruegel vers 1555. La lecture personnelle que l’auteur fait de cette peinture fait surgir d’innombrables questions. En voici une qui pourrait les contenir toutes : qu'est-ce que regarder ? Le tableau de Bruegel devient dès lors un prétexte à voyager dans un pays (la Belgique) ainsi qu'une manière de questionner la notion de perception : que voit-on disparaître sous nos yeux ? Qu'est-ce qu'un point de vue ? Etc. Prennent la parole des chômeurs, des passants anonymes, des philosophes, une psychanalyste, des hommes politiques, les parents du réalisateur. Leurs témoignages s'entrelacent avec des extraits d'un journal que l'auteur a tenu pendant cette même période. Esprit de bière (2000): Blonde ou brune, la bière exalte et endort, dispense la grosse gueule ou la gueule de bois. Elle unit et sépare. Elle résume des gestes, des désirs et des échecs. Elle a une mémoire. La bière, on la fréquente et on l'absorbe. En nous elle se transforme et nous transforme à son tour. Elle engendre des minuscules utopies, le temps d'une nuit. Essai d'archéologie liquide mêlant pédagogie buissonnière et quête de soi, Esprit de bière mène son enquête autour de ce breuvage doré comme un commissaire le ferait autour d'un fait divers. La bière y est d'abord analysée comme substance, comme matière (réelle, chimique, physique) ensuite ce sont ses cycles qui font l'objet d'une attention toute particulière. Cycles qui interpellent l'homme dans ses désirs de liens et d'échanges. Cycles qui rappellent comment - même la bière - peut être une matière à (se) penser. L’argent raconté aux enfants et à leurs parents (2002): L’argent raconté aux enfants et à leurs parents scrute, sur le mode d'une fable humoristique et pince-sans-rire, la métallique maigreur d'une pièce de monnaie et raconte, par bribes, l'histoire d'une famille ouvrière incapable de conjuguer besoins, désirs et moyens. De père en fils, on vit dans l'angoisse de la dette. Cela inquiète évidemment le fils (l'auteur du film), bientôt père à son tour. C'est donc une histoire de « cuisine interne » à laquelle sont conviés des monétaristes, des philosophes, un gouverneur de banque centrale et un utopiste, le professeur Giacinto Auriti, auteur d'un jubilatoire projet de propriété populaire de la monnaie et néanmoins inventeur d'une monnaie alternative ayant eu cours quelques mois dans une ville moyenne de l'Italie du centre (Guardiagrele). A pile ou face, le film décrypte et radiographie des concepts d'économie monétaire et des états d'âme avec le secret souhait de conjurer des dettes par l'effet cathartique de la parole ou de l'utopie. Moralité : la dette, c'est le coût du lien social. Scènes de chasse au sanglier (2007): Méditation sur les images qui m'habitent et sur celles où j'aimerais m'exiler. Méditation sur le sens à donner au mot "réel" et méditation sur le désamour des images et des mots. Méditation sur le deuil, sur la mort des miens et sur la manière de "mettre en image" le bruit des choses et du monde. Méditation sur le désir de toucher, de détruire. Méditation sur le souhait de demeurer inconsolable. Une chasse au sanglier, le savoir-faire d'un taxidermiste et une reproduction fidèle du fusil chronophotographique d'Etienne-Jules Marey sont les prémisses à un voyage intimiste. Une voix intérieure questionne des images proches et lointaines. Elle questionne le désarroi devant les images. Des images "à quitter" et d'autres à "inventer". Exercices de disparition (2011): Est-ce que le deuil a une date de péremption... comme les yoghourts ? Et qu'entend-on au juste par le terme « deuil » ? Dialoguant avec son professeur de philosophie (passionné de Nietzsche et de claquettes), l'auteur entreprend plusieurs voyages. Certains sont statiques et sollicitent le vécu des deux amis. D'autres voyages mettent les mots à l'épreuve de la géographie : nommer, décrire ce qui est là, devant soi, devient une manière de conjurer ce qui s'efface. ER -